Stéphane Lannoy (arbitre du match Brésil-Côte d’Ivoire) : « Fabiano n’a pas été honnête »

Stéphane Lannoy, seul arbitre français au Mondial sud-africain, dresse un bilan « sportif et formateur » de son expérience. Il revient aussi sur sa non-qualification pour arbitrer la phase finale.


Stéphane Lannoy, seul arbitre français au Mondial sud-africain, dresse un bilan « sportif et formateur » de son expérience. Il revient aussi sur sa non-qualification pour arbitrer la phase finale.

Stéphane Lannoy, comment avez-vous vécu votre premier Mondial en tant qu’arbitre international ?

Avoir eu la chance d’arbitrer, de représenter les 25 000 arbitres licenciés en France, c’est super, je mesure la chance que j’ai. A titre personnel, j’ai beaucoup évolué. Les deux matches que j’ai dirigés ont été très formateurs et me serviront pour la suite de ma carrière internationale. Mes performances me laissent présager de belles choses pour la suite avec en ligne de mire l’Euro 2012 et la Coupe du monde 2014.

On dit que les arbitres exercent leur métier avec toujours plus de pression sur les épaules. Avez-vous senti cette pression sur le terrain ?

La pression, elle existe puisque nous sommes dans l’obligation de réaliser des prestations parfaites. Il faut essayer de passer outre. En tant qu’ambassadeur de l’arbitrage français, j’avais une responsabilité de plus sur les épaules mais je suis toujours resté très concentré. La pression ne me paralyse pas. Elle ne permet en revanche pas d’éviter des erreurs, la preuve…

Vous faites allusion au but de Luis Fabiano en taché de deux mains lors de Brésil-Côte d’Ivoire (3-1). On vous a vu parler à l’attaquant brésilien. Que lui avez-vous dit ?

J’ai eu un doute quant à l’endroit où il avait contrôlé le ballon. Je ne savais pas si c’était de l’épaule, du haut du bras ou de la poitrine, alors je suis allé l’interroger après le but. Il m’a alors dit « chest » qui, en anglais, signifie poitrine. Donc à partir de là, je ne pouvais qu’accorder le but. Il est évident qu’après plusieurs ralentis, on voit la main mais à vitesse réelle, c’était impossible à déceler. Après coup, je constate qu’il y a eu un manque d’honnêteté de la part de Luis Fabiano (le joueur a en effet déclaré en conférence de presse d’après match qu’il avait bel et bien fait main, ndlr). Si le joueur avait eu un minimum de fair-play, il aurait dû me le dire.

Il n’y a pas eu que cette erreur dans le match : l’exclusion de Kaka aussi…

En regardant les images, il faudrait être idiot pour ne pas voir que Kader Kéita en rajoute trois tonnes. Le geste de Kaka n’est pas violent, mais inacceptable. C’est d’ailleurs pour cette raison que je n’ai mis qu’un carton jaune. Malheureusement pour lui, c’était son deuxième. Je pense néanmoins que j’aurais dû exclure Kader Kéita pour une simulation et après son tacle appuyé sur Michel Bastos. Je n’ai pas le sentiment d’avoir raté mon match. On ne peut pas dire que c’est un naufrage de l’arbitrage français.

Pensez-vous que cette ‘contre-performance » lors de Brésil-Côte d’Ivoire vous a desservi pour la suite de la compétition ?

En toute franche, je ne pense pas. Juste avant mon départ, j’ai été reçu par la commission d’arbitrage de la FIFA qui m’a confié que j’avais réalisé d’excellentes prestations. J’ai eu un deuxième match compliqué, j’ai peut-être pris des décisions inappropriées mais la FIFA m’a accordé sa confiance pour le futur. Comment expliquer que je n’ai plus officié ? Il y avait et il y a encore beaucoup d’équipes européennes dans la compétition, ce qui réduisait mes chances. Je doit aussi dire que l’image de l’équipe de France dans son ensemble, n’a pas joué en notre faveur. A mon humble avis, la France agaçait la FIFA.

Extrait d’une interview publiée dans le journal l’Equipe du jeudi 8 juillet 2010.