Jacques Anouma (Président de l’Afad) prend position: ‘‘Une seule Fédération ne peut pas suspendre un club omnisport’’
entretien

Jacques Anouma a rempilé pour 4 ans à la tête de l’Académie de football Amadou Diallo (Afad) vendredi dernier. Dans cet entretien, l’ex-président de la Fif revient sur cette AG mixte de son club et parle de l’Africa Sport et des Eléphants.


Quelle leçon pouvons-nous tirer au terme de cette Assemblée générale mixte de l’Afad ?
C’est la première assemblée générale mixte que nous faisons véritablement depuis la création de ce club. Nous en avions besoin car il fallait renouveler les instances, confirmer les autres adhérents et les sponsors. Nous constatons que la grande leçon de cette Assemblée, c’est que pour la première fois, nos comptes s’équilibrent au titre de l’année 2013, sans que les membres fondateurs et adhérents n’aient à puiser dans leurs poches. Je lance vraiment un remerciement aux sponsors et aux membres bienfaiteurs qui ont contribué à la stabilité de ce club.

Qu’est-ce qui a fondamentalement changé au niveau de l’amendement des textes ?
Nous sommes redevenus un club, une association. En d’autres termes, nous avons laissé la place prépondérante aux membres fondateurs. Dans les associations, ceux-ci ont juste un rôle de conseils et de garanties morales. Aujourd’hui, c’est une association qui doit vivre de ses adhérents et de ses cotisations. Le club appartient aux adhérents et les membres fondateurs ne sont que des cautions morales. C’est une nouvelle vie pour nous, car le club était un peu géré de façon amicale et il y avait beaucoup d’ambigüité. Aujourd’hui, la donne a changé et c’est l’association. Ce sont donc les adhérents qui ont droit à la parole.

A quoi doit-on s’attendre les années à venir du côté de l’Afad ?
Nous continuons à rester dans le haut du tableau. Ce club est né, avec en point de mire, les quatre grands clubs. Lesquels étaient des clubs traditionnels et conventionnels. Aujourd’hui, ils sont à la croisée des chemins. Nous les regardons dans le rétroviseur et j’aimerais continuer sur cette lancée. C'est-à-dire, faire en sorte que l’Afad reste dans le haut du tableau pour continuer à avoir la confiance des sponsors et des bienfaiteurs parce que sans ça, l’Afad est appelée à disparaître.

Est-ce vrai que votre association deviendra un club omnisport ?
Oui, nous allons ouvrir une section handball, football féminin et pourquoi pas le basket-ball. Je l’ai dit, l’exemple de l’Africa nous a un peu échaudés. Une seule fédération ne peut pas suspendre un club car ce n’est pas possible. Nous étions que football, aujourd’hui nous devenons omnisports. Je veux dire que nous ne dépendons pas que de la Fédération ivoirienne de football. Il y aura dans nos statuts que nous dépendrons également de la fédération ivoirienne de basket-ball, de handball, et si le président délégué de l’une de ses disciplines est suspendu, ce n’est pas celui de l’Afad. Il faut donc que les choses soient claires, car nous sommes une association omnisport. Donc nous ne dépendons pas d’une seule institution. Je voulais que cette distinction soit claire dans l’esprit des uns et des autres. Je ne suis pas élu uniquement pour le football, mais je suis élu pour le club omnisport de l’Afad.

Maintenant que les choses avancent, pensez-vous au titre de champion de Côte d’Ivoire ?
C’est un objectif, mais il ne faudrait pas oublier que le club est jeune. Dans les deux ou trois années à venir, il y a encore de la place. Je pense qu’il faut continuer le travail. L’objectif premier aujourd’hui de ce club, c’est d’inscrire sur ses tablettes le titre de champion de Côte d’Ivoire. Nous aimerions bien qu’à défaut de cette année, que ce soit dans les deux ou trois prochaines années.

Le club va-t-il conserver son nom d’Afad en tant que club omnisports ?
Non, on ne peut continuer de l’appeler académie de football (Afad) maintenant qu’il est omnisport. On tend vers une nouvelle dénomination qui se fera à la prochaine assemblée générale, car nous avons décidé de continuer ainsi jusqu’à la fin de la saison. Il y aura une nouvelle dénomination, mais l’académie de football Amadou Diallo restera avec son siège social à Djekanou. Et ce sera le centre de formation du club.

Avez-vous tâté le terrain avant de parler de club omnisport puisqu’au niveau du basket-ball et des autres disciplines, les recettes ne sont pas énormes ?
C’est pareil au football. En une année, vous avez 122.000 Fcfa. Même si au basket-ball et au handball, je n’ai rien, c’est bonnet blanc et blanc bonnet. Nous allons essayer de vivre aussi avec l’apport des sponsors et des membres bienfaiteurs. Parce que la loi sur le sport nous consacre un peu de moyens pour qu’on fasse vivre ses clubs-là. Si nous continuons ainsi, dans quatre ans il n’y aura plus de clubs.

Le Conseil d’administration fait désormais place au comité exécutif. Qu’est-ce qui va fondamentalement changer dans la gestion de l’Afad ?
C’est une association. Le Conseil d’administration vous limite car elle est composée de 7 à 21 membres. Alors que moi, je ne veux limiter les membres de mon bureau. Même si nous sommes 50, ce sont des gens qui apportent de l’argent. Ce sera donc un bureau exécutif avec un président et des vices.

Vous évoquiez la situation à l’Africa. Que pensez-vous des décisions de la Fif ?
La situation continue de me peiner. L’Africa est un club omnisport, ce n’est pas un club de football. Même si nous avons accepté dans la forme l’intervention de la Fif pour mettre fin au ‘’cycle’’ qui se passe dans ce club là, dans le fond, nous ne sommes pas tout à fait d’accord avec ce qui s’est passé. C’est pour cela que je dis quand un club est omnisport, le président central ne doit pas être seulement géré par une institution. Si le football suspend le président de club mais qu’il est le président central, il continue d’être le président de handball, du basket-ball etc. Voilà ce que je déplore, mais j’ai apprécié que la Fif mette de l’ordre. Toutefois, il ne faudrait pas que cela devienne une institution. Il faut que les clubs omnisports aient un président central avec des présidents délégués pour éviter de telles situations. On ne change pas de noms parce que nous avons envie de changer.

Pensez-vous que les Eléphants peuvent aller loin à la Coupe du monde ?
Je pense que les Eléphants ont les moyens d’aller loin mais pour cela, il faut qu’on revienne à plus de sérénité au sein de la famille.

Quels sont vos vœux aux ivoiriens en cette fin d’année?
Je voudrais souhaiter à tous les sportifs et à la Côte d’Ivoire en générale une bonne année 2014, encore mieux que 2013. Que tout ce que nous avons connu comme malheur s’éloigne un peu de nous, surtout que nous commencions à retrouver un peu de sourire. Nous commençons à nous aimer. Que la Côte d’Ivoire retrouve sa joie de vivre et que les gens ne vivent plus dans la peur. Même au niveau du sport, la peur s’est installé, les gens ne disent plus ce qu’ils pensent. Nous sommes dans un pays démocratique, donc on peut dire tout ce qu’on pense sans être contre quelqu’un. Quand ça ne marche pas, on le dit sans que ceux qui dirigent les différentes institutions pensent que nous sommes contre eux. Moi, je suis président de club et j’ai retrouvé ma liberté d’expression de pouvoir critiquer.

Propos recueillis par Annoncia Sehoué