Interview / Diaby Souleymane Cocauh dit le Gourou (Porte-parole intérimaire de la conférence des présidents de clubs) : « Que Mel nous rende compte de sa mission à JO’ burg d’abord »
Diaby Souleymane, président du Satellite FC et par ailleurs porte –parole intérimaire de la Conférence des présidents de clubs a, dans cet entretien, jeté un regard sur le Mondial 2010 en Afrique du sud, avant de répondre à Mel Théodore, ministre des sports et de la salubrité urbaine qui s’est plaint du fait que la FIF n’ait pas organisé d’Assemblée générale depuis trois ans.

Diaby Souleymane, président du Satellite FC et par ailleurs porte –parole intérimaire de la Conférence des présidents de clubs a, dans cet entretien, jeté un regard sur le Mondial 2010 en Afrique du sud, avant de répondre à Mel Théodore, ministre des sports et de la salubrité urbaine qui s’est plaint du fait que la FIF n’ait pas organisé d’Assemblée générale depuis trois ans.

 

Président, la Coupe du monde est terminée. L’on aurait voulu voir au moins la Côte d’Ivoire ou un pays africain dans le dernier carré.
Effectivement, c’était un rêve fou pour tout Ivoirien et Africain de franchir au moins les quarts de finale. Au vu de ce que nous avons produit en Afrique du sud, nous aurions pu être au niveau des quarts ou des demies. D’autant que nous sommes à notre 2è participation. Il est vrai que le Ghana était aussi à sa 2è participation mais, je pense que cela sera possible si on continue de travailler. Si on continue de s’organiser en Côte d’Ivoire pour le développement du football.

Selon vous, quel est ce petit quelque chose qui a manqué aux Eléphants pour être au top ?
Je ne vais pas donner l’avis d’un technicien. Comme le disait le président de la conférence (NDLR : Salif Bictogo), on s’est tué avant d’arriver là-bas. Puisqu’on disait que c’était le groupe de la mort. Finalement, dans ce groupe de la mort, toutes les équipes sont mortes avant les demi-finales. La bagarre était donc rude. Chacun a pris sa pilule. C’est cela aussi le football. Quand on regarde sur le papier, on a de très bons athlètes même si le Brésil était un cran au-dessus de nous. Lui aussi s’est noyé dans le groupe de la mort. Cela signifie que nous n’avons pas démérité. Prochainement, on fera mieux si nous continuons de travailler.

Travailler avec ou sans Eriksson ?
C’est notre souhait, nous, les présidents de clubs de continuer le travail avec Eriksson. Nous avons vu qu’il a imprimé sa marque à la sélection. Les Eléphants ont rarement joué comme ils l’ont fait. On a donc senti le travail fait par le technicien. Mais, son maintien ne dépend pas seulement de ce que nous voulons. Il y a beaucoup de choses qui sont liées à son maintien. Si ce n’est pas lui, nous souhaiterions que son successeur soit un entraîneur de son niveau qui travaillera sur le long terme pour produire le football que les Ghanéens ont produit.
En tant que membre de la Conférence des présidents, que pensez –vous de la guéguerre qui a eu lieu entre le CNSE et le ministère des sports en Afrique du sud ?
C’est dommage. Un Monsieur comme Jean –Louis Billon, un opérateur économique très connu qui aime le football. Parce que le football, il faut l’aimer d’abord pour être là où ça se joue. Le mouvement du football gagnerait à ce qu’un tel Monsieur soit aux côtés du football. Il a fait beaucoup d’efforts pour le développement du football. Il est venu servir et non se servir du football. C’est dommage qu’il soit parti. On a entendu dire qu’il avait prévu son départ. Mais moi je ne crois pas à cela. Billon aime trop le football pour l’abandonner en si bon chemin.

Croyez-vous donc que la création du CONAGES a été à la base de son départ ?
Nous, au niveau des dirigeants, on a été fort surpris. Il est vrai qu’à chaque grande compétition, beaucoup de personnes qui n’ont rien à voir avec le football se retrouvent curieusement avec nous. Mais, de là à créer de nouvelles structures comme le Conages, j’avoue que c’est nouveau. Je pense qu’on n’avait pas vraiment besoin d’un certain Conages dans notre milieu.
C’est quand même le ministre de tutelle Mel Théodore qui a créé le CONAGES…
Je répète que le football n’avait pas besoin de cela. Cela ne valait pas la peine de créer une telle structure. Il fallait plutôt renforcer les capacités du CNSE. Une structure qui a fait ses preuves. Tous les sportifs l’ont reconnu. Au lieu d’aller créer le CONAGES composé de gens qu’on n’a jamais vues dans un stade de football. C’est pour moi, le côté aberrant de cette nouvelle création. Que peuvent nous apporter les gens du CONAGES qu’on ne connaît pas dans le milieu du football ? Absolument rien ! Si ce n’est allé en touristes dans les pays où les Eléphants se produisent.

Pensez-vous que les membres du Conages sont allés en touristes en Afrique du sud ?
En plus d’avoir été des touristes en Afrique du sud, ils sont allés créer la pagaille là-bas. Des présidents de clubs, des dirigeants, des invités qui ont même pleuré en Afrique du sud, ils n’arrivaient pas à manger, vivaient dans des conditions incroyables pour un pays organisé comme la Côte d’Ivoire à cause de l’improvisation orchestrée. Même une icône comme Laurent Pokou a eu des difficultés alors que les Roger Milla et autres Abedi Pelé n’avaient aucun problème ni d’hébergement ni de déplacement ni de nourriture. La création de cette structure n’avait pas lieu d’être surtout à la veille de ce Mondial.

‘’Nous sommes en phase avec Jacques Anouma.
Il n’y a pas à venir interférer dans notre affaire...’’

 

Le ministre Mel Théodore, après la création du Conages s’est plaint à son retour du Mondial du fait que la FIF n’ait pas organisé une Assemblée générale depuis trois ans. Qu’est-ce que cela vous inspire vous, membres de la conférence des présidents de clubs …
Nous on est toujours surpris qu’à la veille des grandes manifestations sportives, tout le monde subitement parle de football. Je pense que ce qui s’est passé au Nigeria et en France (NDLR : La Fifa a menacé les autorités politiques de s’être immiscées dans le football) doit édifier les dirigeants africains. Les gens ont tendance à toujours confondre les choses et leur rôle. La FIF est l’émanation des clubs. Ce n’est donc pas une structure du ministère. La menace de la FIFA doit interpeller le ministre des sports qui veut interférer dans la gestion, particulièrement de la fédération ivoirienne de football. Il y a bien d’autres fédérations qui n’ont jamais tenu d’assemblée générale. Des fédérations fantômes. Mais l’on ne parle que de la FIF. Nous, présidents de clubs, ne comprenons pas cela.

Le football c’est le sport roi qui brasse des milliards. Cela donne l’appetit et des idées…
Certains partis politiques aussi n’ont jamais tenu de réunions. On voit ça ici mais ils existent. Et ils engrangent des milliards également. Pourquoi, quand il s’agit de football, les gens sont-ils chauds comme des lapins ? L’AG, c’est nous clubs qui pouvons la réclamer. Et pas le ministre. Qu’est-ce qu’une AG ? Comme l’a dit le président Zinsou, une assemblée générale, c’est une foire lorsqu’elle n’est pas bien organisée. Nous ne voulons pas aller à une foire. Et puis, cela ne concerne que les présidents de clubs que nous sommes.

Quelle est la périodicité d’une assemblée générale à la FIF ?
Une assemblée générale à la FIF se tenait tous les 4 ans par le passé. C’est en accord avec les présidents de clubs que le président de la fédération a bien voulu la faire chaque année pour faire un point. Il n’ ya donc pas de problème. Le fait de n’avoir pas organisé une AG ne nous a pas empêchés d’aller au Mondial. C’est donc une méconnaissance des textes de la FIF. Et c’est grave.

Le ministre a dit que c’est une affaire qu’il va lui-même régler …
Mais, comment va-t-il pouvoir la régler ? Nous on l’attend. Il ne pourra jamais nous obliger à tenir une AG. Nous on l’attend sur un autre terrain. Sur le terrain des infrastructures, de la parafiscalité qu’il n’a pas encore payée aux fédérations. Mais aussi sur le terrain des 466 personnes qui sont parties en Afrique du sud avec une minorité de gens issues du milieu de notre football. Nous allons d’abord lui demander de nous faire le point de sa mission en Afrique du sud pour coller à l’actualité. C’est de cela qu’il s’agit. Le Stella est qualifié en Coupe UFOA pour jouer au Nigeria. J’ai vu son président se débattre pour payer les billets d’avion. Où est le ministre ? Depuis que ce ministre est là, la parafiscalité ne bouge plus. Nous aussi, nous voulons savoir tout ça. Qu’il nous fasse un point. De 2006 à maintenant, il y a plus de 4 milliards FCFA dégagés pour ramasser les supporters qui étaient allés en touristes à Hambourg. En Afrique du sud, c’est une gent féminine qui est allée se balader ou faire la cuisine. L’on doit nous faire le point de tout cela avec African village. Mel doit faire le point à la nation. Nous sommes les acteurs du football. Nous sommes en phase avec la fédération d’Anouma. Il n’y a pas à venir interférer dans notre affaire.

Le point du ministre, c’est au conseil des ministres qu’il le fera…
Nous, nous allons faire notre AG. Ce ne sera pas pour faire des palabres avec nos dirigeants fédéraux avec lesquels nous sommes toujours en phase. N’en déplaisent à certains. Au cours de cette AG, nous allons exiger que l’on ne nous envoie plus 500 cents personnes qui n’ont rien à voir avec le football. Cette AG va demander au président de la République de ne plus débloquer deux milliards pour que les gens aillent se balader. Pendant que le Palais des sports est fermé, nous avons dépensé deux milliards pour faire promener des gens en Afrique du sud. J’ai refusé de partir en Afrique du Sud pour ne pas cautionner la pagaille. Et les faits m’ont donné raison.

Mel Théodore a dit qu’il n’aimait pas le football. Et puis tout d’un coup, il s’intéresse à cette discipline ?
Quand nous allons tenir notre AG, il y aura beaucoup de choses qui vont changer dans ce milieu. Et toute cette pagaille créée par le ministère, le soi-disant MODAF (Ndlr : un mouvement qui demande le départ d’Anouma). Nous les dirigeants de clubs soutenons Jacques Anouma. C’est l’essentiel. Le président de la FIF n’a pas besoin d’autres soutiens que ceux des présidents de clubs qui l’ont mis là. Tous les Ivoiriens devraient comprendre cela. Que les gens arrêtent de créer des organisations pour aller lui soutirer de l’argent. Les présidents de clubs sont en phase avec lui. C’est suffisant pour le maintenir à sa place. En tout cas, pour nous, il n’y a pas urgence à faire une AG.

 

Extrait de fanion No 839 du lundi 12 juillet 2010